Pour une fois, à l'opposé de la pratique habituelle qui consiste à faire de l'effacement inconséquent des données comme des paramètres un préalable indispensable à toute opération informatique sérieuse, tout avait été fait dans les règles, et les sauvegardes plutôt trois fois qu'une. Le temps était donc venu à la fois d'accorder à cet antique disque dur IBM SCSI une place bien méritée au cimetière des vieux soldats de l'informatique, ceux qui ne meurent jamais, et de fournir à un blog qui semble attirer une quantité incompréhensible de lecteurs une nouvelle enveloppe, et un nouveau squelette. Même s'il traîne en version beta depuis dix-huit mois, c'était l'occasion de passer à Dotclear 2.0, d'autant qu'avec les gabarits de Kozlika, on avait de quoi développer tout seul comme un grand un thème qui défouraille, calibré au plus près pour dirtydenys.
Après installation d'un Ubuntu server, distribution qui permet de disposer facilement et sans gros effort, une fois assimilé l'horriblement malcommode outil de partitionnement de chez Debian, d'un nécessaire bien suffisant, Apache, MySQL, ssh, le premier ennui survient lors du paramétrage de la plate-forme, avec l'un de ces messages d'erreur qui n'effraient plus le linuxien aguerri, lui qui sait pouvoir trouver via une requête idoine la solution à son problème. Un des développeurs de Dotclear s'était en effet inquiété d'un bug chez Ubuntu, avant de découvrir le coupable dans son code, le fichier check.php qui vérifie la présence sur le serveur de tous les applications et modules nécessaires au fonctionnement du logiciel. Récupérer le bon fichier au bon endroit permet de poursuivre l'installation jusqu'à son terme, l'importation via le plugin ad hoc du contenu précédemment sous Dotclear 1.2.7 se déroulant sans anicroche. On veut bien l'admettre, il n'y avait là qu'ordinaire contrariété propre aux versions beta, pétard de 14 juillet sans comparaison possible avec le champ de mines dans lequel, inconsciemment, on était déjà tombé.

On relance le bazar, on se connecte, et ça roule. La satisfaction du travail bien fait avec un peu plus de peine que prévu n'empêche pas d'aller jeter un oeil distrait sur ses logs ; là, l'effroi vous saisit. On découvre, incrédule, que, dans Dotclear 2.0, l'adresse des flux RSS et Atom a changé. Pas une ligne à ce sujet dans le succinct manuel de l'administrateur, pas un avertissement de la part des développeurs, qui ont donc placé en toute connaissance de cause une bombe à retardement au coeur de leur programme sans prendre la peine ni d'avertir l'utilisateur innocent, ni de lui expliquer quoi faire. Il y a quelque chose de tragique à observer, impuissant, ces malheureux fils RSS aller, tels des lemmings aveugles, s'écraser inexorablement au pied de la falaise abrupte de l'erreur 404. C'est que, derrière les RSS il y des abonnés, ces êtres de chair et de sang qui vous font la grâce de s'intéresser, parfois avec insistance, à vos quelques lignes, et que l'on est désolé de décevoir ainsi.
Abattu d'un tel coup du sort, fâché d'une aussi invraisemblable négligence, on a recours à la vieille méthode : puisque problème il y a, cherchons comment ceux qui l'ont éprouvé avant l'ont résolu. Le salut vient, logiquement, de la bonne fée, dont on copie, en l'espèce dans le fichier de configuration de l'hôte virtuel, les instructions permettant de rediriger les anciennes adresses vers les nouveaux flux. Reste un détail : il faut activer le mod_rewrite du serveur Apache. Or, chez Ubuntu/Debian, faire comme dans la doc Apache, avec un simple RewriteEngine on, ce serait bien trop commun. Chez Ubuntu/Debian, il faut mettre en service les modules d'Apache grâce à un lien symbolique placé dans le dossier mods-enabled, pointant vers le fichier éponyme situé dans mods-available. Chez Ubuntu/Debian, on est des purs, on appartient à un monde qui n'a pas été créé pour vous simplifier la vie. Donc, en principe, depuis dimanche soir, ça fonctionne ; dans le cas contraire, n'hésitez pas à le faire savoir. (et par ailleurs, si mon estimable abonné Club-Internet des Hauts de Seine pouvait configurer son Konqueror de manière à ce qu'il ne vienne pas aux nouvelles toutes les minutes, ça soulagerait mes logs).

Avec bientôt dix ans de Linux dans les neurones, on sait bien qu'un logiciel que l'on n'est pas obligé de payer n'a pas à donner les services que l'on attend de lui. Mais là, il ne s'agit pas d'une erreur de programmation, d'un de ces oublis toujours possibles et bientôt réparés : il s'agit d'une décision prise au moment de concevoir la version 2.0, qui ne l'empêche nullement de fonctionner normalement, et dont les conséquences fatales étaient par définition prévisibles. Ce n'est pas, en d'autres termes, un bug : c'est une fonction, et une fonction cachée. Et ses conséquences ne sont pas informatiques, mais sociales, puisqu'elle détruit, physiquement comme symboliquement, ces liens sociaux propres aux blogs, donc dépendants des logiciels qui les propulsent, et que ceux qui les développent devraient particulièrement veiller à conserver. Car cette décision, et le fait que l'on n'ait pas jugé utile d'en rendre compte, et de pallier à ses conséquences, n'atteint pas seulement un individu, en tant qu'utilisateur et auteur, mais tous ces lecteurs abonnés qui, chez les ténors, se comptent peut-être par milliers et sont, dans ma petite boutique, de l'ordre de la centaine. Il est normal, en tant qu'auteur, de se sentir une responsabilité à l'égard de ceux-ci, et de s'excuser des ennuis ainsi causés : et cette responsabilité, il serait temps que les développeurs d'une plate-forme, même open source, qui compte des milliers d'utilisateurs, la prennent en considération.